jeudi 7 août 2008

Un camp de réfugiés


Les camps ne sont plus, depuis longtemps, faits de tentes, mais les bâtiments en dur y sont petits et surpeuplés, avec des services rudimentaires. Celui-ci, Aida, dans Bethlehem juste au pied du mur, a une infrastructure sociale très développée, en particulier pour les enfants : centre informatique, cours (danse, musique) et activités variées.
Chacun sait que les Palestiniens chassés par l'armée israélienne et les massacres de l'épuration ethnique de 1948 (lire l'historien Ilan Pappé) sont souvent partis avec la clef de leur maison, devenue un symbole de la Nakba et du droit au retour, tel qu'affirmé par la résolution 194 de l'ONU en décembre 1948 et la convention de Genève de 1949 que, bien sûr, Israël n'applique pas. A l'entrée du camp de Lajee, pour 'commémorer' le 60ème anniversaire de la création de l'état d'Israël a donc été construite cette arche de béton avec au sommet, la plus grande clef du monde, qui a fait son entrée dans le Guinness des Records, paraît-il.



Deux vues du mur, couvert de graffitis, qui surplombe le camp.
Un des projets du Centre Lajee qui m'a beaucoup plu tire parti d'une 'faille' dans la législation israélienne : un Palestinien de plus de 16 ans ne peut pas avoir de permis de voyage en Israël, mais un enfant de moins de 16 ans peut voyager, avec l'accord notarié de ses parents, s'il est accompagné d'une personne autorisée, par exemple un étranger. Le Centre a donc monté un programme où des enfants ont interviewé leurs parents, grands-parents ou aïeuls sur le village d'origine d'où la famille a été chassée en 1948; un photographe anglais, Rich Wiles, a donné des cours de photo aux enfants et leur a fourni des appareils. Les enfants, accompagnés tout à fait légalement de volontaires internationaux, sont alors allé en Israël faire des reportages sur leurs villages d'origine. En sont résultés une exposition et un livre, Dreams of Home.
Une des plus belles photos, à mes yeux, a été faite par Yazan Jamal, 11 ans, du village de Beit Atab; le village, au Sud-Ouest de Jérusalem, a été rasé et remplacé par une réserve naturelle; à peine subsistent ici et là des fondations. Le petit garçon a pris la photo d'uns stèle où est inscrit "The Silver Family Nature Trail, in memory of Avrom Silver by his loving wife and children, Toronto, Canada" avec la citation "To safeguard the paths of justice, for He protects the way of his devout ones". Edifiant !

Tombeau des Patriarches


A Hébron, donc, sont enterrés Abraham, Isaac, Jacob et leurs femmes. C'était un lieu de culte mixte, musulman et juif, jusqu'au 25 février 1994, jour de ramadan où un colon juif d'Hébron, le médecin Baruch Goldstein entra sans être contrôlé dans la partie musulmane du sanctuaire et tira à la mitraillette sur les fidèles en prière: 29 morts, 200 blessés. Goldstein fut lynché par la foule; l'état israélien détermina qu'il était en état d'insanité (c'est un pays où un médecin fou a le droit de porter une mitraillette), donc non coupable, mais que ses meurtriers devaient être poursuivis. La maison de Goldstein ne fut pas détruite par les bulldozers. Un mémorial en son honneur a été construit dans la colonie juive.




Depuis le sanctuaire est coupé en deux, Abraham et Sarah au milieu, Isaac et Rébecca du côté musulman, Jacob et Léa du côté juif. Pour y entrer (du côté musulman; la synagogue est interdite aux non-juifs et n'est accessible que depuis la colonie), contrôle de sécurité. Un de nous, allemand, se prénomme David; la soldate (à gauche sur ma photo volée) veut absolument lui faire reconnaître qu'il est juif, ce qu'il n'est pas. Elle lui déconseille d'entrer, lui disant que les musulmans dans la mosquée vont le tuer car ils vont le considérer comme un juif.

Voici l'intérieur, coloré et paisible, avec les cénotaphes de Rebecca et d'Isaac. Le cénotaphe d'Abraham dont uen autre partie est visible depuis la synagogue, est derrière cette grille. Les tombes sont en dessous, inaccessibles; on aperçoit la grotte par une petite ouverture dans le mausolée ci-dessus. Le dernier qui a pu descendre dans la grotte fut Moshé Dayan.




Hebron

C'est sans doute la ville en Palestine où la tension est la plus tangible; c'est, avec Jérusalem, le seul endroit où les colons israéliens sont installés en pleine ville et non pas seulement dans de nouvelles implantations de contrôle sur les hauteurs (Kyriat Arba). Et si, à Jérusalem, l'implantation juive dans la vieille ville depuis 1967 ne peut guère être remise en question, le caractère plus récent (1979) et plus violent de la colonisation juive au centre d'Hébron en fait un problème très différent.

La raison de cette implantation est comme toujours double : une raison religieuse, idéologique (les tombeaux des prophètes, voir le prochain billet) et une raison politique, de contrôle du sud de la Palestine, et économique, pour juguler une des villes les plus dynamiques économiquement du pays et la couper de ses marchés.



La vieille ville a donc en son sein une enclave de colonisation, avec peut-être une cinquantaine de familles de colons parmi les plus intégristes et les plus violents, qui agressent régulièrement les Palestiniens et les rares visiteurs étrangers : ce matin, des diplomates anglais accompagnés par des militants de Breaking the Silence, l'organisation d'anciens militaires israéliens dénonçant la politique d'occupation, ont été attaqués par un colon (Haaretz). Pour protéger ces colons, des centaines de soldats israéliens, aux aguets. Dans beaucoup d'immeubles de la vieille ville, les soldats sont sur les toits des immeubles occupés par des familles palestiniennes : interdiction de les photographier, photos volées.








Dans certaines rues, les colons occupent les étages supérieurs et jettent des pierres ou des détritus sur les passants. Tous les colons sont armés, même les adolescents. Dans la rue, ils harcèlent fréquemment les Palestiniens, qui sont soumis à un couvre-feu.








Du coup, les rues sont désertes, la plupart des magasins sont fermés (en fait, sur les 304 boutiques fermées en janvier 2008, 218 l'avaient été par ordre de l'armée israélienne), il n'y a presque pas de touristes; les boutiques reçoivent $200 par mois de l'Autorité Palestinienne pour ne pas fermer, pour maintenir une présence malgré tout. Je trouve un antiquaire et je lui achète tout son stock de pièces trouées du Mandat pour ma fille.








Entrée de la vieille ville, avec tous les bunkers armés sur les toits, et la yeshiva intégriste des colons.








Nous sommes reçus par les 'témoins' de l'organisation Christian Peacemaker Teams, une de celles qui recensent tous les incidents qui surviennent ici. Parmi eux, un Anglo-Saxon de 80 ans, juif converti au christianisme, souffrant d'arthrite, qui arpente infatigablement avec sa canne les rues de la ville. De leur terrasse, quelques photos de la ville, d'une ruelle barrée, de la rue réservée aux colons.



Dans la rue, soudain, une patrouille de fantassins israéliens (des Druzes, paraît-il, les pires collabos); on se retrouve repoussés contre le mur. Notre guide raconte son humiliation la dernière fois qu'il est venu, les soldats prenant sa carte d'identité, la jetant dans le caniveau pour qu'il la ramasse à plusieurs reprises, le gardant une heure (et tout le groupe avec lui) uniquement pour montrer leur pouvoir, pour l'humilier.

mercredi 6 août 2008

Humilité


Visite de l'église de la Nativité, partagée au millimètre près entre grecs orthodoxes (ici célébrant la messe), arméniens et catholiques (franciscains). Dans la crypte de l'église, là où Jésus est né, il y a 15 lampes au plafond, six pour les orthodoxes, quatre pour les catholiques, cinq pour les arméniens, et attention à ne pas toucher la lampe d'un autre.


Pas besoin de vous abreuver d'images touristiques, ni de vous conter l'attaque de l'église par l'armée israélienne en 2002, son siège et son incendie partiel. Mais je voulais vous montrer la porte par laquelle on entre dans la basilique: elle se nomme porte de l'humilité, et il faut vraiment se courber en deux pour entrer.

Enigme


Pas le temps ce soir d'écrire sur Hébron, expérience éprouvante.

Voici une photo d'un étal dans le marché de Bethlehem. Je vous laisse imaginer ce que c'est.

mardi 5 août 2008

Solutions

Ce que je vais dire ici est sans doute assez banal, mais il me semble qu'il n'y aura de solution équitable, quelle qu'elle soit, que sous trois conditions:
- que les Palestiniens aient un vrai leadership, respecté à l'intérieur et internationalement, et résolu à obtenir les droits qui leur reviennent, que ce soit par la lutte ou par la négociation;
- que la pression internationale sur le gouvernement israélien, tant des gouvernements que des opinions publiques, les force à envisager une solution équitable;
- que l'opinion israélienne, d'elle-même et du fait de ces pressions, évolue vers l'inéluctabilité d'une solution équitable.
Sur ces trois points, on est, je crois, très loin d'une solution.
La solution, ce sera à eux de la définir. Il n'y a plus que les extrémistes, d'un côté (certains éléments du Hamas, pas tous) ou de l'autre (Avigdor Lieberman), à vouloir expulser l'autre peuple et à n'avoir entre la mer et le Jourdain qu'un seul peuple sur sa terre.
Ce sera aux deux parties de poids égal de définir la solution en termes de structure (un État ou deux), de territoires (frontières de 1967 ou modifications), de retour (Aliya possible pour tous les juifs du monde versus droit au retour des réfugiés palestiniens), d'eau, de monnaie, d'espace aérien, de sécurité, etc..
Rien de plus dangereux que de leur dire ce que devrait être la solution. Rien de plus utile que de les aider, de part et d'autre, à arriver à une situation où ils pourront négocier équitablement.
Que peut faire chacun de nous ? De la communication intelligente, du lobbying, du soutien sur le terrain aux forces en faveur d'une solution équitable. L'idée du boycott, dont je parlais il y a quelques jours, me gêne de plus en plus.

Marketing

Réunion intéressante ce soir avec un 'activiste' palestinien d'une soixantaine d'années, Rifaat Aziz, réaliste, et assez critique sur les lacunes du mouvement palestinien, mais parfois un peu désabusé (et très traditionnel sur les moyens d'action à employer en Occident : une manifestation de rue vaut mieux qu'une campagne d'e-mails : pas sûr, mais bon).

J'en retiens en particulier l'idée simple que les campagnes de sensibilisation doivent être adaptées à leur public : la base même du marketing ! ce qui compte, ce ne sont pas les qualités intrinsèques de mon 'produit', c'est comment il répond aux attentes de ceux qui m'écoutent.
Il mentionne en particulier un sondage au Danemark, pour mesurer les opinions des jeunes Danois sur différents éléments de l'occupation : le mur, les violations des droits de l'homme, les violences de l'armée, les colonies, les confiscations de terres, les destructions de maisons. Les deux derniers points étant ressortis comme les plus importants, la campagne anti-occupation a mis l'accent là-dessus. Je me verrais bien essayer d'organiser un tel sondage en France.
Il reconnaît aussi que la différence de traitement dans les médias n'est pas due seulement à leur partialité, à leur capital ou au poids de Rupert Murdoch, mais est aussi due à l'incapacité des Palestiniens et des pro-palestiniens à articuler un message clair et percutant. Alors que le message pro-israélien, lui est très clair : culpabilisation à cause de la Shoah, accusation d'antisémitisme face à toute accusation, et mise en avant de la sécurité face aux barbares terroristes pour tout justifier.

On navigue trop souvent entre un gentil discours pacifique qui ne tient pas compte des réalités politiques, et un discours violent et raciste antisémite qui ne tient non plus aucun compte des réalités et des solutions possibles.

Hamas et Fatah

Il y a des moments où on se dit que la cause palestinienne est vraiment mal barrée. Certes, il n'est jamais aisé de passer du statut de mouvement de libération à celui d'Etat (plus ou moins) souverain (et le FLN en a été un exemple frappant), certes Israël trouve son avantage dans ces dissensions internes, certes il n'est pas fréquent qu'un Mandela émerge dans ces contextes, mais les luttes internes entre Hamas et Fatah, le spectacle qu'elles donnent de la Palestine, les arguments qu'elles fournissent aux détracteurs, le fait même qu'Israël s'interpose entre les deux factions et protège les uns des autres, tout cela est désespérant.

Abou Skandar



Comme vous pouvez l'imaginer, mes talents de maçon sont pour le moins limités et ma contribution a plus à voir avec un travail de manoeuvre, mais je sais maintenant faire (ou, plus précisément, je sais comment on fait) un toit plat : une journée entière passée à échafauder, à étayer, à assembler les tiges de fer du renforcement, à aligner les parpaings (heureusement montées sur le toit de fortune par la grue du camion de livraison et non pas à la force des bras), à recouvrir le tout de grilles de fer. Nous avions les jours précédents 'fait' le béton des murs avec une chaîne de seaux depuis une bétonnière artisanale jusqu'au maçon sur l'échafaudage, et faire de même pour le toit nous effrayait un peu. Heureusement, à 18h, après une longue journée torride où tout a été mis en place, sont arrivés un camion pompe et un camion bétonnière, et tout a été fait en moins d'une heure.





Visage émerveillé des habitants futurs de la maison, petite fête, gâteaux et fruits, on a fini à 20h, épuisés. Aujourd'hui, repos, pour soigner courbatures, coups de soleil (du type terrassier, encolure et bras seulement) et piqûres de moustique (monstrueuses).





Comme je suis le moins jeune de l'équipe, j'ai droit à l'épithète respectueuse d'Abou Skandar.





La plupart des internationaux ici sont américains ou anglais, 20 ans, étudiants, pleins de bonnes intentions, un peu naïfs, un peu donneurs de leçons ("vous les Palestiniens, vous devriez.."). Les adultes sont des 'activistes' plutôt religieux (dont un futur franciscain qui entre au couvent dans un mois pour son noviciat). C'est un groupe intéressant; du fait de sa composition, l'accent est plus mis sur la morale que sur la politique, plus sur ce qui devrait être fait que sur la manière d'y arriver. C'est différent des discussions avec l'équipe de Jeff Halper, dont je me sens plus proche, qui ne se contentaient pas d'affirmer une position, mais qui regardaient aussi réalistiquement comment la mettre en oeuvre.

Hier soir, à la nuit tombée, en attendant le véhicule pour le retour au centre où nous sommes hébergés, je suis abordé par cinq jeunes Palestiniens du village, étudiants à Bethlehem. On parle un peu de la situation, mais surtout de leur absence d'espoir : que faire, comment survivre, comment échapper à cette chape de plomb.

Au fond, sur les photos, on voit la colonie israélienne qui a motivé l'avancée du mur à cet endroit. Là bas aussi, construction d'un immeuble (avec des ouvriers palestiniens qui rentrent à Bethlehem le soir); pas de militaires visibles, mais des gardes qui, parfois, nous observent à la jumelle.

samedi 2 août 2008

Tourisme (sélectif)
















Nous sommes dans un bus avec des plaques d'immatriculation israéliennes, donc nous pouvons aller au bord de la Mer Morte : notre guide palestinien ne pourrait pas y aller seul. Voici donc les bains de boue, dans l'eau hyper-salée, nous sommes à -417 mètres et la chaleur atteint 40° : oppressant.









Comme il n'y a pas d'Israélien dans notre groupe (le seul présent a aussi un passeport européen et fait le pari qu'on ne remarquera pas son absence de visa), et donc nous pouvons entrer dans Jéricho, d'où les citoyens israéliens juifs ordinaires sont bannis. Tout semble fait pour qu'il y ait le moins de contacts possibles, ce n'est peut-être pas encore l'apartheid, mais on progresse. Un rabbin a demandé que les plages soient séparées entre juifs et arabes (israéliens, car peu de palestiniens peuvent aller se baigner à Tel-Aviv), car il y a trop de naïves jeunes filles juives qui se laissent séduire par de vilains garçons arabes. Voici à Jéricho, plus vieille cité du monde, qui en 2010 fêtera ses 10 000 ans, le monastère de la Quarantaine, accroché à la falaise, là où Jésus fut tenté par le diable et une vue de l'oasis de Jéricho, un ilôt de verdure dans ce désert aride.

Checkpoints





















Certains checkpoints sont assez terribles et d'autres paraissent plutôt bon enfant quand on y passe en tant que touriste étranger.



Celui ci-dessus est un passage dans le Mur, aux portes de Bethlehem sur la route de Jérusalem qu'empruntent chaque jour des milliers de travailleurs palestiniens, qui restent ici des heures. le samedi, moins de monde, mais tout le monde descend du bus et fait la queue, une heure au total. Les hauts-parleurs nous aboient dessus, les soldats israéliens (ou les employés de la société à qui les contrôles sont en partie privatisés) restent invisibles derrière des vitres blindés. On perçoit concrètement, sous la guise de la défense contre le terrorisme, un système fait pour contrôler, pour dominer, pour humilier et pour séparer une partie de la population.






e Voici le checkpoint à la sortie de Jéricho, moins sophistiqué, il y a moins de trafic, nous ne descendons pas du bus, seuls le guide et le chauffeur palestiniens sont contrôlés. Le vendeur d'eau fait des affaires dans la file d'attente, lui aussi se fait contrôler.

vendredi 1 août 2008

Humour malgré tout

SI LES MESSAGES POSTERIEURS A CELUI-CI N'APPARAISSENT PAS, CLIQUEZ SUR 2008, EN HAUT A GAUCHE


Sur un mur dans une des rues principales de Bethlehem.

Construction





Comme l'administration israélienne ne délivre pas de permis de construire aux Palestiniens, il ya un grand nombre de maisons construites 'illégalement'. De temps à autre, soit par intimidation, soit pour préparer l'implantation d'une colonie ou la construction du mur, l'administration ordonne la démolition d'une maison. Ca n'a rien à voir avec le 'terrorisme' (en fait depuis 2004, l'armée ne détruit plus que très rarement les maisons des familles étendues des terroristes, ayant jugé que c'était contre-productif).

Plus d'information sur le programme de démolition ici.

Cette maison est juste en face d'une colonie en cours d'implantation (au fond sur la photo). Le mur, en construction, passe à 100 mètres, en contrebas (on voit le chantier à gauche de la photo), et devait initialement passer plus près. La maison a été détruite le jour où Walid, le chef de famille, devait comparaître devant le tribunal pour contester l'ordre de démolition. Depuis trois ans, il vit avec sa famille dans une pièce dans la maison voisine de son frère. L'histoire est racontée ici.




Après diverses promesses stériles de l'Autorité Palestinienne et d'autres, HLT a obtenu l'argent et la main d'oeuvre (y compris une dizaine de volontaires étrangers) pour reconstruire la maison, et le chantier commençait aujourd'hui.



Il fait très chaud, des ouvriers et des amis ont commencé ce matin à élever les murs. Après que nos hôtes nous aient souhaité la bienvenue, nous faisons la chaîne pendant trois heures pour passer les seaux de béton au maçon. Épuisant, mais très concret !

Manif'






















En fait, ce matin, sous un soleil de plomb, manifestation contre la construction du mur. Quand on regarde une carte, il est évident que le mur n'est pas fait (exclusivement) pour la sécurité, mais qu'il annexe de fait les terres prises par les colonies actuelles ou prévues à l'est de la ligne verte.
Tous les vendredis matins, manifestation non-violente, avec des enfants palestiniens et beaucoup d'étrangers. C'est plutôt bon enfant de part et d'autre, pas de pierres, les armes restent en bandoulière, une double rangée de barbelés barre la route; il y a à la fois une volonté non-violente de la part des organisateurs, et la présence des étrangers qui assure aussi une protection éventuelle contre la violence. On agite des drapeaux, on crie quelques slogans, les meneurs palestiniens parlent aux soldats israéliens, en hébreu ou, avec l'un d'eux (marocain ?) en arabe. La police nous filme.

Je suis assez ambivalent face à ces actions : d'un côté, elles permettent la continuité des protestations, et un témoignage quand les étrangers sont de retour, et elles empêchent, ou diminuent la violence. D'un autre côté, ce sont juste des manifs, tous les vendredis : ça maintient une certaine pression, une certaine mobilisation, ici et à l'étranger, mais est-ce que ça change grand chose ?

jeudi 31 juillet 2008

Bethlehem

SI LES MESSAGES POSTERIEURS A CELUI-CI N'APPARAISSENT PAS, CLIQUEZ SUR 2008, EN HAUT A GAUCHE

Arrivé sans encombre.
Superbement logé.
Le chantier commence demain.
Visites aussi prévues à Jéricho et à Hebron.
Connection Internet faible et intermittente : ne vous inquiétez pas si je n'écris pas.

mercredi 30 juillet 2008

Yad Vashem








Yad Vashem est le mémorial de l'extermination des juifs par les nazis et leurs alliés, ce qu'on nomme aussi Shoah ou Holocauste. C'est une série de bâtiments récents sur une colline boisée, avec des lieux de reconstitution historique et d'autres de souvenirs et de prière. C'est évidemment très impressionnant et on en ressort très ému, voire choqué, malgré quelques libertés prises avec l'histoire (les photos des Sonderkommandos de Birkenau sont recadrées, malgré tout ce qu'a écrit brillamment Didi-Huberman à ce sujet; le refus du Sultan du Maroc face aux demandes vichystes de statut des juifs n'est pas mentionné; on n'est pas appelé sous les drapeaux dans la Légion Etrangère, on s'y engage; Manouchian - de l'affiche rouge - n'était pas juif). Mais ce ne sont que des détails. Par contre, l'extermination des Gitans ou le rôle ambigu des Judenrats sont clairement exposés. Et surtout le mécanisme de l'extermination est clairement démontré et illustré.



Le Musée était rempli de très jeunes militaires (ici on fait son service ,juste après le bac à 18 ans; ça explique beaucoup certaines réactions des soldat(e)s). On voit concrètement à quel point la mémoire de l'extermination est un élément mythique fondateur de la culture israélienne contemporaine.

Dînant ce soir avec une amie palestinienne, j'ai lancé l'idée d'organiser des visites de jeunes Palestiniens à Yad Vashem, pour qu'ils comprennent, pour qu'ils réalisent ce que ça représente pour les jeunes juifs israéliens. Elle me dit qu'un médecin palestinien en Cisjordanie a fait dans la salle d'attente de son cabinet une mini-exposition sur l'extermination des Juifs, qui suscite beaucoup d'intérêt et de curiosité; que ce fut exclusivement alors un problème européen (et américain) dont les Arabes payent aujourd'hui les conséquences, n'est pas vraiment un argument recevable aujourd'hui (même s'il l'était il y a 60 ans). De telles visites aideraient à éliminer toute tendance négationniste du mouvement palestinien, à mieux comprendre l'autre, et aussi à voir ressemblances et dissemblances entre deux situations : citoyens de deuxième zone, état racial, expropriations, problèmes des réfugiés, densité de population dans les ghettos, camps de personnes déplacées, droit au retour.

Après, on peut toujours rêver aux visites de jeunes juifs israéliens à un futur Musée de la Nakba à Deir Yassine...

Comme souvent, l'art commémoratif n'est pas d'excellente qualité. Même le montage vidéo de Michal Rovner n'est pas très bon, trop anecdotique. En haut, néanmoins, l'Arbre des Partisans de Zadok Ben David. En dessous, un wagon évocateur.

Dans le Jardin des Justes des Nations, liste des non-juifs qui ont sauvé des juifs, je suis frappé par le fait que près de la moitié des noms inscrits dans la pierre ici sont polonais : on nous ressasse le mythe du Polonais antisémite et pourtant il y a bien plus de Polonais Justes (6066 sur 22211) que de Français (2833).


Une stèle spéciale pour un village qui m'est cher, Le Chambon sur Lignon, représenté collectivement.

mardi 29 juillet 2008

Un peu d'art, quand même


Pavel Wolberg (qui exposa à la Mairie de Paris il y a deux ans) est une des meilleurs photographes israéliens issus du photojournalisme.


Voici un texte en Anglais d'Erez Schweitzer sur lui/



“There it is, maybe the most notorious thing, such an unsettling thing, in Pavel Wolberg’s photographs: the absence of horror. Viewing them is not depressing, although the reality they document is one of profound oppression; they do not infuriate, although the actions they depict are infuriating; they’re not defiant, although very many moments documented by them call for the implementation of justice; they do not instill a feeling of identification, although the distress they document is tangible, acute and ongoing; they do not arouse discomfort, although the reality they describe is vividly and notably unbearable. To put it otherwise, Pavel Wolberg’s photographs do not offer the comfort of empathy, of solidarity, of standing on the right side of the barricade.


Is that enough?

[...]
And yet it is probable that the key to his artistic world lies in his oscillation between these two. The way in which he frequently neutralizes his photographs from expected loads of sentiment and political conscience not only makes space for perceiving them as aesthetic objects done with great craftsmanship – which is to say manipulative, “personal,” for better or for worse – but also unmasks for the viewers the less immediate semblance of documented reality, its timeless dimension. It is probable that just because of that bothersome gap between a reality suffused with horror that Wolberg’s bears witness to and the absence of horror from his works, in precisely that gap are expressed his specific attitude as a photographer and his perception of the reality in which he acts.
[...]
Violence in Israeli-Palestinian society is ubiquitous, present day after day in the media until its potential for shock is warped, until the viewers’ senses are coarsened. The violence of the Israeli side is always represented in the media within some setting of justification or, at least, legitimized by what is defined as a “state of war“. In order to feel once again to what extent Israeli society has become aggressive, the lens has to be diverted to civilians, to the streets, from whence aggression resurges from the realm of the repressed. Feelings of shock before Wolberg’s photographs do not emerge at the sight of dismembered corpses, sites of terrorist attacks or ruined houses but right here, in the day-to-day through which shock has continuously been filtered, until it became immanent. When masked, the face of Israeli society is unveiled. Denial, the elementary sustenance of Israeli experience, is thereby revealed.”

Photo de Pavel Wolberg au checkpoint de Qalqilya