mercredi 23 juillet 2008

Arrivée

D'abord surpris par le fait qu'avant l'embarquement à Paris, il n'y ait pas eu de vérification particulière de mes bagages, j'étais un peu anxieux au moment du passage de l'immigration. On m'avait dit de rester discret, d'en dire le moins possible, que si je disais dans quel but je viens, je pouvais être refoulé, ou n'avoir qu'un visa de 10 jours. En fait, ça s'est passé très bien : but du voyage ? tourisme, durée du séjour ? un mois, et banco. Le secret ? Un achat la veille à Saint-Sulpice d'un crucifix assez voyant, porté sur un T shirt noir, ça fait très clergyman. Mais, comme je suis un peu parano, je me dis que le Mossad lit peut-être ce blog...

Arrivée à l'aéroport, du bruit, de la fureur, des cris. L'hébreu est une langue que j'ai du mal à trouver douce et poétique, je devrais sans doute écouter des poèmes d'amour en hébreu, mais là les gens s'engueulent autour des minibus (sherout) pour Jérusalem, ça crie, ça proteste. Beaucoup d'hommes en noir, avec des femmes discrètes, des ribambelles d'enfants pâles, impression un peu étrange. Ici et là, quelques Arabes longeant les murs, à peine visibles dans la foule.
Dans le minibus, une jeune femme (éthiopienne ?) passe l'heure entière du trajet à parler fort au téléphone, avec le sans-gêne le plus total; un vieil homme l'engueule, tout le monde crie. Curieux, cette tension permanente. Michael Warshaswky en parle dans le livre que je citais il y a quelques jours, A Tombeau ouvert, j'y reviendrai.
Le minibus a fait le tour de tous les quartiers de Jérusalem avant de me déposer à mon hôtel, dans le centre. Longue journée : demain j'explore.

Départ

Donc je pars ce matin, plein d'espoir et de curiosité, mais aussi un peu anxieux : que va-t-il se passer ? Aurais-je des problèmes à l'arrivée en Israël ? au départ, plutôt, m'a-t-on prévenu. Vais-je savoir rester calme et posé face aux injustices ? Comment témoigner de manière aussi factuelle que possible ? Ce sera aussi un exercice pour mieux me connaître moi-même.

Mon ambition serait, immodestement, d'écrire ici des chroniques aussi justes, aussi bien senties que celles d'Amira Hass dans son livre 'Reporting from Ramallah' : je suis plein de respect devant cette femme.

Allez, je pars. J'écrirai peut-être ce soir, une fois arrivé à Jérusalem. Le bulldozer et la pelleteuse, instruments de la colonisation, semblent y devenir des instruments de rébellion.

En haut, la reproduction dans le 'Subjective Atlas for Palestine' (010 Publishers, Rotterdam, 2007), d'un des panneaux routiers spécial Palestine, conçus par la jeune artiste Massoon Sharkawi.

mardi 22 juillet 2008

Apartheid ou pire ?



Je lis l'article du Monde sur les Sud-Africains anciens militants anti-apartheid, dont certains juifs, qui viennent de visiter la Palestine :






Certains sont prudents, d'autres disent clairement que c'est une situation pire que l'apartheid:


"Comment, au nom du judaïsme, peut-on se comporter de cette manière ?"


"il n'y a jamais eu en Afrique du Sud de routes séparées, de "barrière de sécurité", de check-points, de plaques d'immatriculation différentes, de cantonnements dans des zones délimitées"


"Les militaires contrôlent toutes les collines, tous les check-points. On ne peut pas entrer et sortir comme l'on veut. Cela n'a jamais existé en Afrique du Sud"


""La présence de l'armée partout, ces files d'attente aux check-points, ces raids de soldats sont pour moi pire que l'apartheid. Cela ne fait aucun doute. C'est plus pernicieux, plus sophistiqué grâce aux ordinateurs, qui n'existaient pas à l'époque. Ce sont des méthodes déshumanisantes"


"Nous, nous savions qu'un jour, cela allait se terminer, que les lois de l'apartheid allaient disparaître. Ici, ce n'est pas codifié, c'est l'occupation qui fait que le Palestinien est un être de seconde zone."




Voilà à quoi il faut s'attendre.


Photo d'Amit Shabi (Reuters) exposée en juin 2008 sur les grilles du Luxembourg (exposition FigMag)

lundi 21 juillet 2008

Avant le départ






Bien des préparatifs tout à fait ordinaires, mais aussi une liste de livres, suggérés par des amis (merci, en particulier à N.G.) :

- Eyal Weizman & Rafi Segal, Une occupation civile. La politique de l’architecture israélienne, Paris / Besançon, Editions de l’Imprimeur, 2004, 192 pages. Publication initiale par l'Association israélienne des architectes unis (AIAU) à l'occasion du Congrès de l'Union internationale des architectes (UIA), à Berlin en Juillet 2002. L'AIAU en a ensuite interdit la diffusion. Le livre a alors été publié par Babel Publishers, Tel Aviv, 2003.

- Michel Warschawski, notamment "A tombeau ouvert"" (sur la société israélienne), et "Sur la Frontière".
- plus historique et plus costaud, "The seventh million" (sur le lien entre les Israéliens et l'Holocauste), par Tom Segev (globalement, Tom Segev, ça se lit bien).
- "The other Israël", un livre collectif sur les voix dissidentes israéliennes, un petit recueil coordonnée par Tom Segev (avec notamment un texte de Jeff Halper).
- Sur Israël / Palestine, "Comment guérir un fanatique", de Amos Oz, petit bouquin très bien pour comprendre aussi ce que pense la gauche israélienne du conflit.
- Edward Said (évidemment), "Israël; Palestine, l'égalité ou rien", petit recueil de textes publiés entre Oslo et la 2nde Intifada... comme quoi il avait tout vu!
- côté Palestine: "Bienvenue en Palestine", de Anne Brunswic, l'intifada vue de Ramallah
- "Reporting from ramallah", de Amira Hass (la journaliste de Haaretz qui couvre la Palestine)
- indispensable!: "Palestine et Palestiniens", le seul guide touristique sur la Palestine de l'intérieur...
- grand classique régional: "From Beirut to Jerusalem", de Thomas Friedman
- les bouquins d'Enderlin (Le rêve brisé, etc) sont bien faits pour comprendre les négociations depuis Oslo et après.

Quelques sites aussi:

- lire Haaretz sur le net,

- voir le site de l'AIC (l'asso de Warschawski): http://www.alternativenews.org/,


Quelques contacts préliminaires avec des amis d'amis là-bas.


Quelques expositions aussi dont celle-ci en Juin sur le Pont des Arts:




Les peuples colonisés, occupés, tentant déséspérément de faire entendre leur voix, ont utilisé le verbe, la poésie, le roman plus que l’image, me semble-t-il. Et quand ils parviennent à produire films ou photos, au Viet-Nam par exemple, ce sont en général des images militantes, guerrières, engagées. Le dominant, lui, a souvent abondamment documenté la vie quotidienne du colonisé : administrateurs et missionnaires ont rempli des albums de photos exotiques, orientalisantes ou de bons sauvages.
Mais, en regard, des photos de tous les jours prises par les acteurs mêmes sont rares. Des photos du quotidien où le conflit, la guerre, l’oppression n’apparaissent qu’en filigrane, ne sont présents que dans les marges, forment le contexte inoubliable mais qu’on tente de mettre entre parenthèses un instant pour jouir du moment présent. Des photos de mariages, de réunions familiales, de baignades, de mères nourrissant leur bébé, des photos de boutiques où trône l’image iconique du patron. Rien de militant, aucune violence, sinon celle subie en silence; ainsi, des oliviers arrachés qu’on replante. On peut, optimiste, y lire de l’espoir, ou, militant, de la résignation. Mais ce n’est que la vie toute simple, trop rarement chantée sous de telles latitudes.
Le Gazaoui Taysir Batniji et la Hiérosolymite Rula Halawani (Un homme âgé plaisante avec un baigneur de la piscine publique du vilage de Kubar) exposaient de telles images sur le Pont des Arts jusqu’au 30 juin.


Suis-je prêt ?



dimanche 20 juillet 2008

Voyage en Palestine



J'y pensais depuis quelque temps, je voulais aller voir sur place, me défaire des idées reçues, du filtre de la presse, et découvrir sur place la réalité, me faire une opinion par moi-même, à mes risques et périls.


J'y pensais vaguement, et puis la rencontre d'une artiste israélienne, Yael Bartana et la découverte de son film Summer Camp ont été les déclencheurs :

L’affiche montrant un valeureux pionnier sioniste regardant l’avenir sous le titre, Summer Camp, la salle de spectacle dans laquelle le film est présenté, la musique martiale et romantique (de Paul Dessau), la mise en scène sous-eisensteinienne, tout évoque le cinéma de propagande des débuts d’Israël, les valeureux colons-combattants qui domestiquent le désert et construisent un nouvel Etat, un nouveau mode de vie, plus beau, plus sain, plus moderne sur une “terra nullus”. Mais ce film de l’Israélienne Yael Bartana (déjà vue à Paris ici) adopte tous ces poncifs de la propagande sioniste des origines pour montrer tout autre chose : la reconstruction par un groupe de volontaires, israéliens, palestiniens et européens, sous les auspices de l’organisation israélienne ICAHD, de la maison d’un Palestinien que l’armée a détruite en représailles. On déblaie les gravas, on porte les moellons, on coule du béton, les murs s’élèvent : comme un ballet, une performance. A la fin, la famille y emménage, même si on sait bien que la maison sera de nouveau détruite par un bulldozer de l’armée, qui rode à proximité. C’est un détournement ingénieux des codes classiques de la propagande, d’autant plus que la protestation s’exprime ici par la construction et non par la destruction.

Je pars donc dans quelques jours dans un camp de ce type, avec autour tout un programme de rencontres.
Vais-je en revenir différent ? Indifférent ou militant ? Bouleversé ou blasé ? C'est ce que je vais tenter de découvrir, et de partager au cours de ce mois. J'essaierai d'écrire chaque jour mes découvertes, mes impressions, mes indignations