samedi 16 août 2008

Un seul Etat ?

Depuis 25 ans, toutes les négociations portent sur la création d’un Etat palestinien souverain aux côtés d’un Etat juif sécurisé, et depuis 25 ans elles n’aboutissent pas.
Je ne vais pas faire ici l’historique des échecs de part et d’autres, des occasions manquées, mais ce qui est frappant aujourd’hui, c’est que, face aux propositions israéliennes de création d’un bantoustan palestinien morcelé, sans véritable souveraineté (ni diplomatique, ni militaire, ni de contrôle des frontières ou de l’espace aérien, ni de possession des ressources en eau), sans droit au retour des réfugiés et sans Jérusalem, de plus en plus de Palestiniens abandonnent la solution des deux états et prônent un seul état démocratique, respectant ses deux communautés, mais avec des principes d’égalité et ‘un homme = un vote’.
Ainsi, dans Haaretz d’hier, le très respecté Sari Nusseibeh.
Il est possible que le gouvernement israélien, après avoir réduit sans cesse le concept d’état palestinien, se retrouve confronté à un défi bien plus difficile, un seul état, qui n’e serait donc plus un ‘Etat Juif’.
Les exemples belges ou tchécoslovaques ne sont certes pas très encourageants, et ce serait une solution compliquée et propice aux affrontements, mais qui sait ?

Bulle

Après quelques rencontres avec des Israéliens (juifs) et quelques lectures, j’essaie toujours de comprendre l’écart entre l’humanisme juif démocratique dont se prévaut ce pays et ses actions sur le terrain comme puissance occupante.
Je ne saurais pas quantifier avec précision, mais il me semble qu’un tiers des juifs israéliens ont une position à la fois religieuse et politique très dure sur l’occupation. Elle est exprimée parfois brutalement, mais le plus souvent avec finesse pour maintenir l’apparence démocratique, et c’est, volens nolens, la position des gouvernements successifs. En gros, cette terre nous appartient de droit divin, disons jusqu’au Jourdain, colonisons la, occupons la, faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour chasser les habitants arabes, par la force et la terreur (1948), par le découragement qu’on peut générer chez eux, et, pour ceux qui restent, encerclons les, réduisons les à une position de sous-hommes, sans droits, sans souveraineté, tout en les empêchant de peser sur l’avenir de l’Etat Juif.
En face, il y a peut-être 5% ou 10% des Israéliens qui s’opposent à l’occupation, qui défendent les droits de l’homme, qui tentent d’œuvrer pour une vraie solution.
Et l’immense majorité s’en fout : le pays est agréable, l’économie va bien, tout ce qu’on demande, c’est la sécurité, que le gouvernement empêche les attentats par quelque moyen que ce soit. Le reste, on ne veut pas en entendre parler ; moins on voit les Arabes, moins on a de contacts avec eux, mieux c’est, jamais on ne franchit la ligne verte, on vit dans une bulle confortable, comme n’importe quel Européen ou Américain.
C’est certes un peu simpliste, mais dans les grandes lignes, c’est en gros ce que je perçois. La grande question, à mes yeux, est si un jour cette majorité silencieuse va ouvrir les yeux et réaliser ce qui est fait en son nom. Pourra-t-elle dire, comme les compatriotes de ses exterminateurs il y a 65 ans ‘nous ne savions pas’ ?
Je crois que je vais essayer d’écrire davantage sur ce sujet.

A propos du chantier

http://www.ism-france.org/news/article.php?id=9683&type=temoignage&lesujet=Démolitions%20de%20maisons
ou en anglais:
http://english.pnn.ps/index.php?option=com_content&task=view&id=3357&Itemid=1

vendredi 15 août 2008

jeudi 14 août 2008

La maison est reconstruite





Enfin presque... Disons que le gros oeuvre est terminé. La photo ci-dessus montre, depuis l'intérieur de la maison reconstruite, les gravats de la démolition de la maison précédente et, au fond, le mur et les immeubles des colons : en une photo, occupation, ségrégation, destruction et reconstruction.
Les dernières journées ont été assez rudes. Cet après-midi, remise officielle de la maison à la famille.
Quelques discours, beaucoup de photos, quelques larmes.
Puis on a planté deux oliviers devant la maison.
Au delà de cette maison, cette reconstruction est aussi un témoignage de solidarité à ceux qui résistent contre l'occupation et un engagement de témoigner de ce que nous avons vu.
Maintenant, repos.

mercredi 13 août 2008

Jonathan Cook et Anne Paq

Jonathan Cook est un des rares journalistes indépendants dans la région, et le seul basé à Nazareth, la principale ville des Palestiniens citoyens israéliens.
Il a visité le chantier de reconstruction d'ICAHD et a écrit cet article.

Anne Paq est une photographe française basée à Bethlehem; elle fait partie, avec cinq photographes israéliens, du collectif Activestills, le principal producteur d'images sur l'occupation de la Palestine.

mardi 12 août 2008

La seule démocratie du Proche-Orient..


.. vient d'interdire Pinocchio et Harry Potter en arabe. Raisons de sécurité et lutte contre le jihado-islamisme terroriste, bien sûr.

lundi 11 août 2008

Mahmoud Darwish 2

Il a fallu atendre jusqu'à maintenant (lundi 11 à 19H) pour avoir enfin sur le site du Monde.fr une nécrologie de Mahmoud Darwish qui ne soit pas biaisée comme celle d'Assouline.
Je la reproduis ici.

Le Palestinien Mahmoud Darwich, l'un des plus grands poètes arabes contemporains, est mort samedi 9 août, à l'âge de 67 ans, dans un hôpital de Houston, des suites de complications consécutives à une intervention chirurgicale sur un anévrisme de l'aorte. L'Autorité palestinienne a décrété un deuil officiel de trois jours. A travers son oeuvre - près de trente recueils traduits en une quarantaine de langues - Darwich touchait les fibres les plus sensibles de ses lecteurs et de son auditoire, qu'il s'agisse de l'interminable tragédie palestinienne, de l'amour, du désir, de l'espoir, en un mot de la vie.

Depuis 1998, date à laquelle il avait été opéré à Paris d'un anévrisme de l'aorte, Mahmoud Darwich vivait dans un dialogue lyrique constant avec la mort. "Mort je t'ai vaincue", avait-il alors écrit dans Murale, magistrale méditation sur la mort, qui inaugurait le cycle de ce que certains considèrent comme les plus beaux de ses recueils. Il avait confié en juillet qu'il espérait "avoir le temps de terminer son dernier recueil". Darwich savait en effet que son corps risquait de le lâcher. Et c'est bien pour l'en empêcher qu'il s'était rendu aux Etats-Unis pour se faire opérer. Il avait écrit un jour : "Si je devais mourir, j'aurais honte de faire pleurer ma mère."

L'exil forcé, les souffrances et "l'injustice" faites à son peuple étaient une blessure profonde jamais cicatrisée. "On ne peut vivre avec la blessure de la disparition de la patrie, a-t-il déclaré un jour au Monde, que si une cohabitation équilibrée s'instaure entre les "deux réalités", juive israélienne et arabe palestinienne, dont aucune ne peut éradiquer l'autre." "L'espoir, assurait-il, est une maladie incurable chez les Palestiniens, l'espoir d'une vie normale où nous ne serions ni héros ni victimes." L'espoir donc, malgré une occupation israélienne qui est "une déclaration permanente de guerre contre nos corps et nos rêves, nos maisons et nos arbres".

Né le 13 mars 1941 dans le village d'Al-Birweh, Mahmoud Darwich est forcé à l'exil, en même temps que les siens, en 1948. Leurs habitations ont été entièrement détruites et leur localité rasée au moment de la création de l'Etat d'Israël. Un an plus tard, ils retournent clandestinement dans ce qui était devenu l'Etat juif et s'établissent à Jdeidet Akka. A l'âge de 20 ans, Darwich adhère au Parti communiste judéo-arabe. Arrêté à plusieurs reprises et assigné à résidence, il finit par opter pour l'exil, qui le conduira à Moscou, puis au Caire et à Beyrouth.

Avec l'invasion israélienne du Liban en 1982, Mahmoud Darwich reprend la route. Ce sera le Caire, Tunis, Paris, avant Gaza et Ramallah en 1995, deux ans après la signature des accords d'Oslo. Accords dont il avait d'entrée de jeu perçu les immenses lacunes et qui avaient entraîné sa démission du Comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine. A deux reprises, les autorités israéliennes l'autorisent à se rendre à Haïfa : en 1996, pour les obsèques de l'écrivain arabo-israélien Emile Habibi, et en 2007, pour une lecture de ses poèmes devant une foule considérable. Il n'est pas étonnant que l'une des oeuvres - Etat de siège (Sindbad/Actes Sud, 2004) - de ce poète si sensible aux rythmes et aux sonorités, ait été mise en musique par le compositeur Garett List en janvier 2005.

Pour un Palestinien, "la politique est existentielle", estimait Mahmoud Darwich. "Mais la poésie est rusée, ajoutait-il. Elle permet de circuler entre plusieurs probabilités. Elle est fondée sur la métaphore, la cadence et le souci de voir derrière les apparences", de voir "la vie, les rêves, les illusions..., le meilleur, le beau (...). Son seul véritable ennemi, c'est la haine." Aussi n'était-ce pas un hasard si le personnage du Christ, "ce Palestinien", l'avait touché par "son discours d'amour et de clémence, par cette idée qu'il est le Verbe". Pour Mahmoud Darwich, la cécité d'Israël, son entreprise d'affaiblissement systématique de l'Autorité palestinienne, l'incurie de cette dernière, le "despotisme universel" des Etats-Unis, les despotes locaux et l'exception dont bénéficie l'Etat juif en matière de droit international, étaient les causes des régressions intégristes "passéistes" de mouvements tels que le Hamas palestinien. Dans le monde arabe, et plus généralement musulman, comme en Occident, "des forces concourent à exacerber le choc des identités", estimait-il. "C'est une période transitoire, mais le présent se noie dans la tragédie".

Mahmoud Darwich vivait ces dernières années entre Amman, en Jordanie, et Ramallah, en Cisjordanie, où il publiait la revue Al-Karmel, fondée à Beyrouth et attentive aux courants culturels internationaux. Son corps devait être rapatrié à Ramallah via Amman. L'Autorité palestinienne s'emploie à obtenir le feu vert d'Israël pour qu'il soit enterré à Jdeidet Akka, où vivent encore sa mère et ses frères et soeurs. L'écrivain israélien Avraham B. Yehoshua a rendu hommage à son "ami et adversaire" qui "était aussi un voisin, un Arabe israélien qui connaissait l'hébreu et les codes juifs de la société israélienne". De même, le poète israélien Haïm Gouri a déclaré : "Son décès me fait beaucoup de peine car il incarnait une personnalité tragique, un homme en exil permanent, éloigné à jamais de son village."

De nombreux livres de Darwich ont été traduits en français, notamment chez Actes Sud, à partir de 1994 ; dernier titre paru : Ne t'excuse pas (2006). Notons également une anthologie des "Poèmes 1966-1982", Rien qu'une année (éd. de Minuit) et un volume de la collection "Poésie/Gallimard", La terre nous est étroite et autres poèmes.

Mouna Naïm

Dates-clés
13 mars 1941Naissance en Palestine
1948Exil à la création d'Israël
1961Adhésion au Parti communiste judéo-arabe
9 août 2008Mort à Houston

Shooting back

L'organisation qui surveille les violations des droits de l'homme dans les territoires occupés, B'Tselem, a fourni une centaine de caméras vidéo à des Palestiniens pour qu'ils puissent documenter les violations quotidiennes : le pouvoir de l'image est plus fort que la parole d'un témoin.
C'est ainsi que la vidéo du lieutenant-colonel Umri Burbag ordonnant à un sergent de tirer sur un Palestinien menotté dans le dos et baillonné, le 7 juillet, a été filmée par une jeune fille de 16 ans. Cette vidéo, du fait de l'horreur qu'elle présente et de la violation évidente des droits de l'homme, mais aussi de tout principe humanitaire, a eu un grand retentissement depuis sa divulgation le 21 juillet.
Ce qu'on ne lit pas dans les médias, par contre, c'est que, dès le lendemain, les permis de circulation de tous les membres de la famille de la jeune fille, Amira, ont été révoqués et que, quelques jours plus tard, lors d'une manifestation pacifique, son père a été arrêté et est toujours en prison.
Et ses supporters clament partout qu'Israël est une démocratie, un état de droit.

Sanctions :
- le sergent L. a obéi aux ordres : il sera poursuivi pour 'conduite indigne'
- le lieutenant colonel Burbag a été relevé de son commandement et va être poursuivi (devant un tribunal militaire) pour 'conduite indigne'
- le colonel Aviv Resheff, son supérieur, a eu un blâme dans son dossier pour n'avoir pas signalé l'incident.
'Conduite indigne' : d'après la Convention de Genève, tirer sur un prisonnier désarmé est un crime de guerre....
Peut-être, le jour où ces officiers viendront en vacances dans un pays civilisé, pourrait-on leur appliquer la doctrine Pinochet et les poursuivre en justice...
On peut lire cet article.

Mahmoud Darwish

Il vient de mourir.
C'était un immense poète.
Le Monde (.fr) n'a encore aucun article sur lui, sinon un renvoi vers le blog de Pierre Assouline, qui est un bon critique littéraire, mais totalement partial dès qu'il s'agit d'Israël.
Dans son texte, dont l'essentiel est par ailleurs plutôt bien, Passou réussit à ne pas écrire une seule fois le mot 'Israël', et à expliquer que Darwish s'est exilé (d'où ? pourquoi ?) : on lui rappelle que le village de Darwish a été purifié ethniquement en 1948 et rasé.

Eglises










Les églises construites ici depuis un siècle semblent rivaliser de lourdeur et de laideur. La basilique de l'Annonciation à Nazareth en est un exemple frappant.





Mais même l'église sur le Mont des Béatitudes, au dessus du lac de Tibériade, dans un site superbe, manque d'élégance.





A Capharnaüm, une hideuse structure en forme d'araignée (qu'on devine ci-contre, à droite sur la photo; trop laide pour que je la photographie) surplombe les ruines.





Seule, ci-dessous, la chapelle de la primauté de Saint Pierre à Tabgha au bord du lac, construite en basalte noir, a un certain charme.





Les moines bâtisseurs semblent avoir perdu ici le sens de la beauté qu'ils avaient à Citeaux

Nos ancêtres les Gaulois

Les enfants des Palestiniens d'Israël (et des habitants du Golan) vont dans des écoles israéliennes où on leur apprend l'histoire du peuple juif et d'Israël. D'un certain côté, ça leur apprend à mieux connaître le peuple juif, son histoire, son aspiration pour Israël. D'un autre côté, ça ne leur apprend rien sur leur propre histoire, sinon de manière biaisée.
Les plus faibles s'assimilent, se conforment à la culture dominante : leurs ancêtres sont Gaulois.
Les plus forts rebondissent, y trouvent des arguments pour clarifier leur lutte, mieux comprendre, mieux combattre et arriver à une meilleure solution éventuelle. Il est certain que les Arabes en général, et beaucoup de Palestiniens, ne comprennent pas l'importance de l'attachement des Juifs à la terre d'Israël, le traumatisme de la Shoah, et ont souvent tendance à balayer l'argument, ce n'est pas leur problème. Peut-être, mais je crois que tant qu'ils ne le comprendront pas, il ne pourra pas y avoir de solution viable. Maintenant, il faudrait qu'en face il y ait une vraie éducation, et non un lavage de cerveau quasi raciste; comme les autorités israéliennes en semblent incapables, cela dépend de quelques initiatives privées, trop rares.

Golan

Le Golan n'est pas la Palestine. A l'écart, dépeuplée après les déportations de 1967, cette région a dû s'organiser elle-même. Nous avons rencontré un des dirigeants de l'organisation Golan for Development, et j'ai été très impressionné par le travail communautaire fait : développement économique (production de pommes, compréhension intelligente du marché : construction d'entrepôts réfrigérés pour pouvoir peser sur les cours face aux acheteurs grossistes de Tel-Aviv), lutte contre les confiscations de terres, développement social et de santé, lutte politique (refus de la citoyenneté israélienne). Les Druzes du Golan sont aux antipodes de leurs coreligionnaires de Galilée, collaborateurs déclarés de l'armée israélienne.
Cette photo montre la ligne du cessez-le feu (la route en bas). En face, un poste d'observation de l'ONU. C'est là que les familles séparées échangent des nouvelles en hurlant dans des porte-voix (voir le film La fiancée syrienne). Il y a des champs de mines israéliennes non seulement le long de la ligne de cessez-le feu, mais dans le village même, et il arrive que des enfants soient blessés : l'armée israélienne dit que c'est trop dangereux pour ses soldats de déminer ces champs là, au milieu des maisons. Le poste de l'armée est en haut de la colline, au milieu des maisons du village : c'est la tactique du bouclier humain.


Cette mobilisation contre l'occupation peut paraître plus solide qu'en Palestine : les enjeux ne sont pas les mêmes, il y a, semble-t-il, une plus grande cohésion, et les leaders ont peut-être mieux compris la mentalité israélienne et comment lutter contre elle.

L'eau


Les hauteurs du Golan ont été conquises par Israël sur la Syrie en 1967, conquête destinée à protéger les Israéliens de la plaine des attaques syriennes. mais, au lieu d'en faire une zone de protection, les hauteurs ont, non seulement été vidées de leurs habitants arabes, mais peuplées de colons juifs. 134 des 140 villages ont été rasés, on voit encore ici et là des ruines et les 130 000 habitants ont été chassés dans un grand mouvement d'épuration ethnique. Ne sont restés que 7000 personnes dans six villages (puis cinq quand le village de Sh'eita fut rasé en 1970).
La raison en est simple : ni la sécurité puisqu'on implante des colonies à la frontière à portée de tir des Syriens, ni la religion puisque ces lieux ne font pas partie du 'Grand Israël', mais l'eau.

La consommation d'eau des Israéliens est élevée, tant pour l'irrigation que pour les besoins domestiques (les colons du Golan ont droit à 17 fois plus d'eau que les habitants, et la peint 4 fois moins cher, 0,90 shekel par mètre cube au lieu de 3,50). L'eau du Golan est donc détournée vers Israël en sa quasi totalité, et le Jourdain n'est plus qu'une minuscule rivière, dont la salinité augmente.

Les habitants du Golan, pour satisfaire leurs besoins en eau, ont donc construit des citernes pour l'eau de pluie. Mais l'eau de pluie appartient aussi à Israël ! La construction de citernes est interdite (soumise à 5 autorisations ministérielles, que bien sûr, personne n'obtient) et pendant un temps, l'autorité israélienne a voulu mettre des compteurs sur les citernes de pluie et faire payer l'eau de pluie, bien 'public' que les Golanis détournaient de la communauté israélienne à leur profit. Je pense que cette politique fiscale est unique au monde. Devant l'opposition des habitants, elle a finalement été abandonnée.

Ceci dit, avec cette eau abondante et pas chère, on peut faire de belles choses en Israël. Voici, à Haïffa, les jardins bahaïs, mausolée du prophète de cette étrange religion syncrétique. C'est très beau, tant qu'on ne se pose pas la question de l'eau. De même, les colonies israéliennes en Cisjordanie sont implantées sur les nappes aquifères, qu'Israël s'approprie ainsi aux dépens des Palestiniens.

Photo en haut d'un monument commémoratif de la révolte du Golan contre les troupes d'occupation...françaises en 1925. Ce monument grandiloquent a été édifié il ya quelques années à Majdal Shams, village le plus au nord du Golan. Clin d'oeil.

vendredi 8 août 2008

Manif' bis

Comme vendredi dernier, on remet ça : même endroit, protestation contre la colonie (au fond à gauche sur la photo ci-dessous) qui s'étend et contre la construction du Mur qui, de fait, annexera ces terres à Israël. Nous sommes peu nombreux, une cinquantaine, enfants palestiniens avec des drapeaux, adultes palestiniens, deux juifs israéliens anti-occupation et des internationaux. Barbelés sur la route, les soldats en ligne juste derrière cette fois-ci, avec deux policiers, dont un Africain (Ethiopien ?). Discours, chansons, mais aussi de brefs échanges avec quelques soldats : nous faisons notre travail, nous faisons respecter l'interdiction de manifester, nous ne sommes pas là pour discuter politique avec vous, ne vous inquiétez pas de nos états d'âme (je demande à un sergent s'il a vu le film 'Valse avec Béchir'). Mais aussi quelques mots sur leur vie : ils sont réservistes, étudiant, comptable, pères de famille. Une jolie soldate nous filme, je la photographie en retour, je lui arrache finalement un demi-sourire.











Ensuite, nous nous replions vers nos minibus. Au bout de cinq minutes, les soldats enlèvent les barbelés, et remontent dans leurs jeeps. La route est libre, nous passons là où le barrage était. Le sergent qui ne voulait pas parler de 'Valse avec Béchir' me sourit au passage.





Evidemment, ce n'est pas toujours ainsi, loin de là. Vous en verrez de nombreux exemples sur ce site, Breaking the Silence, organisation d'anciens militaires révoltés par ce qu'ils ont dû faire à des Palestiniens.
Mais il me paraît évident que rien ne bougera ici tant qu'il n'y aura pas plus de compréhension de part et d'autre, même si c'est pour finalement aboutir à un constat de divorce et de séparation totale.

jeudi 7 août 2008

Un camp de réfugiés


Les camps ne sont plus, depuis longtemps, faits de tentes, mais les bâtiments en dur y sont petits et surpeuplés, avec des services rudimentaires. Celui-ci, Aida, dans Bethlehem juste au pied du mur, a une infrastructure sociale très développée, en particulier pour les enfants : centre informatique, cours (danse, musique) et activités variées.
Chacun sait que les Palestiniens chassés par l'armée israélienne et les massacres de l'épuration ethnique de 1948 (lire l'historien Ilan Pappé) sont souvent partis avec la clef de leur maison, devenue un symbole de la Nakba et du droit au retour, tel qu'affirmé par la résolution 194 de l'ONU en décembre 1948 et la convention de Genève de 1949 que, bien sûr, Israël n'applique pas. A l'entrée du camp de Lajee, pour 'commémorer' le 60ème anniversaire de la création de l'état d'Israël a donc été construite cette arche de béton avec au sommet, la plus grande clef du monde, qui a fait son entrée dans le Guinness des Records, paraît-il.



Deux vues du mur, couvert de graffitis, qui surplombe le camp.
Un des projets du Centre Lajee qui m'a beaucoup plu tire parti d'une 'faille' dans la législation israélienne : un Palestinien de plus de 16 ans ne peut pas avoir de permis de voyage en Israël, mais un enfant de moins de 16 ans peut voyager, avec l'accord notarié de ses parents, s'il est accompagné d'une personne autorisée, par exemple un étranger. Le Centre a donc monté un programme où des enfants ont interviewé leurs parents, grands-parents ou aïeuls sur le village d'origine d'où la famille a été chassée en 1948; un photographe anglais, Rich Wiles, a donné des cours de photo aux enfants et leur a fourni des appareils. Les enfants, accompagnés tout à fait légalement de volontaires internationaux, sont alors allé en Israël faire des reportages sur leurs villages d'origine. En sont résultés une exposition et un livre, Dreams of Home.
Une des plus belles photos, à mes yeux, a été faite par Yazan Jamal, 11 ans, du village de Beit Atab; le village, au Sud-Ouest de Jérusalem, a été rasé et remplacé par une réserve naturelle; à peine subsistent ici et là des fondations. Le petit garçon a pris la photo d'uns stèle où est inscrit "The Silver Family Nature Trail, in memory of Avrom Silver by his loving wife and children, Toronto, Canada" avec la citation "To safeguard the paths of justice, for He protects the way of his devout ones". Edifiant !

Tombeau des Patriarches


A Hébron, donc, sont enterrés Abraham, Isaac, Jacob et leurs femmes. C'était un lieu de culte mixte, musulman et juif, jusqu'au 25 février 1994, jour de ramadan où un colon juif d'Hébron, le médecin Baruch Goldstein entra sans être contrôlé dans la partie musulmane du sanctuaire et tira à la mitraillette sur les fidèles en prière: 29 morts, 200 blessés. Goldstein fut lynché par la foule; l'état israélien détermina qu'il était en état d'insanité (c'est un pays où un médecin fou a le droit de porter une mitraillette), donc non coupable, mais que ses meurtriers devaient être poursuivis. La maison de Goldstein ne fut pas détruite par les bulldozers. Un mémorial en son honneur a été construit dans la colonie juive.




Depuis le sanctuaire est coupé en deux, Abraham et Sarah au milieu, Isaac et Rébecca du côté musulman, Jacob et Léa du côté juif. Pour y entrer (du côté musulman; la synagogue est interdite aux non-juifs et n'est accessible que depuis la colonie), contrôle de sécurité. Un de nous, allemand, se prénomme David; la soldate (à gauche sur ma photo volée) veut absolument lui faire reconnaître qu'il est juif, ce qu'il n'est pas. Elle lui déconseille d'entrer, lui disant que les musulmans dans la mosquée vont le tuer car ils vont le considérer comme un juif.

Voici l'intérieur, coloré et paisible, avec les cénotaphes de Rebecca et d'Isaac. Le cénotaphe d'Abraham dont uen autre partie est visible depuis la synagogue, est derrière cette grille. Les tombes sont en dessous, inaccessibles; on aperçoit la grotte par une petite ouverture dans le mausolée ci-dessus. Le dernier qui a pu descendre dans la grotte fut Moshé Dayan.




Hebron

C'est sans doute la ville en Palestine où la tension est la plus tangible; c'est, avec Jérusalem, le seul endroit où les colons israéliens sont installés en pleine ville et non pas seulement dans de nouvelles implantations de contrôle sur les hauteurs (Kyriat Arba). Et si, à Jérusalem, l'implantation juive dans la vieille ville depuis 1967 ne peut guère être remise en question, le caractère plus récent (1979) et plus violent de la colonisation juive au centre d'Hébron en fait un problème très différent.

La raison de cette implantation est comme toujours double : une raison religieuse, idéologique (les tombeaux des prophètes, voir le prochain billet) et une raison politique, de contrôle du sud de la Palestine, et économique, pour juguler une des villes les plus dynamiques économiquement du pays et la couper de ses marchés.



La vieille ville a donc en son sein une enclave de colonisation, avec peut-être une cinquantaine de familles de colons parmi les plus intégristes et les plus violents, qui agressent régulièrement les Palestiniens et les rares visiteurs étrangers : ce matin, des diplomates anglais accompagnés par des militants de Breaking the Silence, l'organisation d'anciens militaires israéliens dénonçant la politique d'occupation, ont été attaqués par un colon (Haaretz). Pour protéger ces colons, des centaines de soldats israéliens, aux aguets. Dans beaucoup d'immeubles de la vieille ville, les soldats sont sur les toits des immeubles occupés par des familles palestiniennes : interdiction de les photographier, photos volées.








Dans certaines rues, les colons occupent les étages supérieurs et jettent des pierres ou des détritus sur les passants. Tous les colons sont armés, même les adolescents. Dans la rue, ils harcèlent fréquemment les Palestiniens, qui sont soumis à un couvre-feu.








Du coup, les rues sont désertes, la plupart des magasins sont fermés (en fait, sur les 304 boutiques fermées en janvier 2008, 218 l'avaient été par ordre de l'armée israélienne), il n'y a presque pas de touristes; les boutiques reçoivent $200 par mois de l'Autorité Palestinienne pour ne pas fermer, pour maintenir une présence malgré tout. Je trouve un antiquaire et je lui achète tout son stock de pièces trouées du Mandat pour ma fille.








Entrée de la vieille ville, avec tous les bunkers armés sur les toits, et la yeshiva intégriste des colons.








Nous sommes reçus par les 'témoins' de l'organisation Christian Peacemaker Teams, une de celles qui recensent tous les incidents qui surviennent ici. Parmi eux, un Anglo-Saxon de 80 ans, juif converti au christianisme, souffrant d'arthrite, qui arpente infatigablement avec sa canne les rues de la ville. De leur terrasse, quelques photos de la ville, d'une ruelle barrée, de la rue réservée aux colons.



Dans la rue, soudain, une patrouille de fantassins israéliens (des Druzes, paraît-il, les pires collabos); on se retrouve repoussés contre le mur. Notre guide raconte son humiliation la dernière fois qu'il est venu, les soldats prenant sa carte d'identité, la jetant dans le caniveau pour qu'il la ramasse à plusieurs reprises, le gardant une heure (et tout le groupe avec lui) uniquement pour montrer leur pouvoir, pour l'humilier.

mercredi 6 août 2008

Humilité


Visite de l'église de la Nativité, partagée au millimètre près entre grecs orthodoxes (ici célébrant la messe), arméniens et catholiques (franciscains). Dans la crypte de l'église, là où Jésus est né, il y a 15 lampes au plafond, six pour les orthodoxes, quatre pour les catholiques, cinq pour les arméniens, et attention à ne pas toucher la lampe d'un autre.


Pas besoin de vous abreuver d'images touristiques, ni de vous conter l'attaque de l'église par l'armée israélienne en 2002, son siège et son incendie partiel. Mais je voulais vous montrer la porte par laquelle on entre dans la basilique: elle se nomme porte de l'humilité, et il faut vraiment se courber en deux pour entrer.

Enigme


Pas le temps ce soir d'écrire sur Hébron, expérience éprouvante.

Voici une photo d'un étal dans le marché de Bethlehem. Je vous laisse imaginer ce que c'est.